Les Pro-nucléaires devraient en prendre de la graine....non radioactive !

Publié le par Jacques

 

Ci dessous un Editorial du Monde parfaitement pertinent, à lire absolument ( mais en sont-ils capables...?) par ceux qui hurlent à l'INDECENCE !

Réfléchir au nucléaire, sans tabou ni sectarisme

Editorial

 




 

Le doute n'est malheureusement plus permis : Fukushima est bel et bien une catastrophe nucléaire dont le nom s'inscrira désormais sur l'échelle de gravité - et dans l'histoire industrielle - à côté de celui de Tchernobyl. Il est sans doute prématuré d'enterrer l'atome civil, surtout dans un pays aussi " nucléarisé " que la France, mais ce secteur va de nouveau traverser une crise aiguë où sa rigueur et sa transparence seront soumises à rude épreuve. Questionnées à juste titre.

Le petit monde du nucléaire civil est, en effet, affligé de deux maux : une forme d'arrogance technicienne et un piètre souci de transparence à l'égard de l'opinion publique. Or ce qui est aujourd'hui en cause n'est rien de moins que le dogme de l'infaillibilité nucléaire. Les ingénieurs concèdent volontiers que le " risque zéro " n'existe pas. Mais leurs savants calculs de probabilité aboutissent toujours à la conclusion que le risque est infinitésimal et que leur industrie est " la plus sûre " du monde. Un ingénieur d'EDF ou d'Areva peut-il seulement imaginer cette scène, irréelle pour lui : aux Etats-Unis, quand le Pentagone établit des scénarios catastrophes, il ne se contente pas de consulter des experts patentés, mais invite aussi des écrivains et des scénaristes autour de la table - pour penser l'impensable...

Cette arrogance, doublée d'une forte endogamie au sein d'un monde de l'atome dont on ne sort guère, a donné naissance au " nucléocrate ", un expert peu disposé à partager son savoir hautement scientifique et peu accessible au commun des mortels. Elle a nourri une culture du secret qui a pris, au Japon, d'inquiétantes proportions. Durant vingt ans, Tepco, la puissante compagnie exploitant notamment la centrale de Fukushima, a sciemment caché, dans les rapports transmis à l'autorité de sûreté nucléaire nippone, de graves défaillances sur certains réacteurs.

La situation est-elle si différente en France, où une commission locale d'information est chargée, pour chacune des dix-neuf centrales d'EDF, de faire le lien entre leurs responsables et la population locale ; et où chaque incident doit être signalé par EDF à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui le rend public sur son site Internet ? On veut l'espérer.

Mais tous leurs efforts de rigueur, de modestie et de transparence suffiront-ils à faire accepter - sinon aimer - une source d'énergie qui, qu'on le veuille ou non, porte en elle un risque mortel, même si elle éloigne la menace tout aussi terrible que les émissions de gaz à effet de serre font peser sur l'humanité ? Rien n'est moins sûr, tant il est vrai que cette " glasnost " dédramatise l'atome autant qu'elle alimente des peurs irrationnelles.

Il a fallu vingt ans pour que se dissipe la mémoire du cauchemar de Tchernobyl. Ce n'était plus, hier, qu'un mauvais rêve. Pourtant, tous les protagonistes de la " renaissance " du nucléaire dans les années 2000 redoutaient un accident majeur qui replongerait l'industrie dans un long état d'hibernation. Le drame de Fukushima impose aux " nucléocrates " français de penser aussi l'impensable.

© Le Monde

 

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