Chronique (XIV) d’une dictature en gestation

Publié le par Jacques

 

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Le commandant Pichon “a eu le regret”, vendredi 16 avril, d’assigner en référé Brice Hortefeux devant le tribunal, le 19 mai, pour “voie de fait”. Le policier reproche au ministre de l’intérieur, à l’époque Michèle Alliot-Marie, de l’avoir placé dans une situation “hors de tout cadre légal ou réglementaire” et le somme de le réintégrer dans ses fonctions sous astreinte de 500 euros par jour.

 

 

 

  

 

 

C’est déjà une vieille affaire. Philippe Pichon, 41 ans, n’est pas un policier tout à fait comme les autres, et se fait une si haute idée de la police qu’il supporte assez mal les indulgences ou les compromis. Il y a des années que le commandant tempête contre le redoutable STIC, le système de traitement des infractions constatées, où sont fichées 34 millions de personnes, auteurs et victimes d’infractions. “J’avais alerté ma hiérarchie à plusieurs reprises, explique M. Pichon, le STIC est en dehors des clous, et je vois pas quel est son intérêt policier.” Le gigantesque fichier semble de surcroît incomplet : “Ni Nicolas Sarkozy ni Charles Pasqua n’ont de fiches, assure le commandant, ne serait-ce que comme victimes. Tout le monde est-il égal devant la loi ?”


Pour appuyer sa démonstration, le commandant, alors en poste en sécurité publique à Meaux (Seine-et-Marne) et fort bien noté, transmet, en octobre 2008, les fiches de Johnny Hallyday et de Jamel Debouzze au site bakchich.info, et l’on découvre notamment que le chanteur est toujours suspecté d’un vol de bicyclette qui remonte à 1967, alors que les données du STIC sont censées ne pas être conservées plus de quarante ans. L’administration apprécie assez peu sa “démarche citoyenne”, il est placé en garde à vue et mis en examen pour “violation du secret professionnel, accès frauduleux à un système informatisé et détournement d’informations à caractère personnel”. Le conseil de discipline, à l’unanimité, c’est-à-dire syndicalistes inclus, décide de sa mise à la retraite d’office. Le ministère de l’intérieur entérine la décision, par un arrêté du 24 mars 2009.


“DOUTE SÉRIEUX”

Mais, le 5 mai, le tribunal administratif de Melun annule la sanction, estimant qu’il y a “un doute sérieux quand à la légalité de cette décision dès lors qu’il ressort (…) qu’il avait vainement appelé l’attention de sa hiérarchie sur les dysfonctionnements affectant la gestion du STIC”. Le ministère de l’intérieur prend un nouvel arrêté qui réintègre certes le commandant, mais le suspend de ses fonctions et donc le prive de son traitement, à cause de son contrôle judiciaire.

Or le juge d’instruction lève son contrôle judiciaire : Philippe Pichon peut reprendre du service, à condition de ne pas s’approcher du STIC. Un nouvel arrêté, le 4 juin, l’autorise à toucher son salaire, mais il est suspendu, “à titre conservatoire”, c’est-à-dire qu’il attend chez lui des nouvelles.

Pour Me William Bourdon, l’avocat du policier, l’arrêté du 4 juin n’a qu’un objectif : contourner la décision du tribunal. Philippe Pichon est “dans une situation administrative inexistante au regard du droit”, fait l’objet “d’une sanction disciplinaire déguisée”, et s’en expliquera devant le tribunal.

Franck Johannès

 

  Le Monde 19.04.10 |

 

Ajoutons à cela les récentes sanctions contre deux gendarmes, dont une révocation pure et simple, on comprend alors que le pouvoir actuel cherche à tenir bien en main les “forces de l’ordre”.

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