En voilà une “réforme” sarkozyste qu’elle est bonne…..

Publié le par Jacques

 Double peine pour les chômeurs 2009

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - Publié le 22.06.09

La vie est simple comme un coup de fil. Comme celui que des milliers de chercheurs d’emploi passent chaque jour au 3949. Quatre petits chiffres qui symbolisent à eux tout seuls la double peine des chômeurs en France. Non seulement ils ont perdu leur job mais ils sont empêchés de pouvoir le déclarer. Plus d’interlocuteurs en chair et en os (les agences ne vous reçoivent pas si vous n’êtes pas inscrits via le 3949), engorgement du système, grogne monstre de ceux qui cherchent un emploi et de ceux qui les accueillent. Des dégâts d’une fusion réalisée un peu vite et au pire moment.

La fusion en question est évidemment celle de l’Assedic et de l’ANPE annoncée à la rentrée de septembre 2008 et officialisée en ce début d’année. Fusionner ? La bonne idée que voilà. Eviter aux nouveaux inscrits de faire la queue deux fois de suite, pour définir un projet d’emploi avant d’étudier une demande d’indemnité. Un seul rendez-vous et le tour est joué. Bonheur et gain de temps pour tous.

Mais voilà, il y a comme une crise qui est passée par là. Et notre Pôle emploi, nom de la structure fusionnée, de se voir obligé, en 6 mois, de s’inventer une organisation flambant neuve, sur la base de deux énormes et distincts mammouths administratifs, tout en gérant un afflux de demandeurs d’emploi comme la France n’en a pas connu depuis 1993 (+ 24,6 % d’inscriptions supplémentaires en 1 an). Mission vouée à un échec plutôt prévisible.

Tellement prévisible qu’en 1993 justement, la fusion était dans l’air. Michel Bon était alors président de l’ANPE et, avec le gouvernement de cohabitation de l’époque, la fusée était sur sa rampe de lancement. Mais son compte à rebours a été stoppé à cause de la désorganisation qu’une telle fusion allait forcément provoquer en raison d’une trop forte augmentation du nombre de chômeurs.

Et voilà que l’idée refait surface quinze ans plus tard. Vraiment pas de chance, à nouveau au pire moment. Mais ce coup-là, pas question de faire machine arrière et de remettre le mariage aux calendes grecques. Question d’honneur, d’esprit réformateur contre vents et marées ou de gloriole de quelques hauts fonctionnaires et/ou ministres ? Cochez les bonnes réponses qui ont conduit à la situation actuelle : un tollé général.

Des nouveaux demandeurs d’emploi qui se plaignent des retards accumulés. Des agents qui déplorent d’avoir à gérer 300 chômeurs à la fois. Le secrétaire d’Etat au travail qui leur rétorque que c’est faux, qu’ils n’ont chacun que 80 à 100 dossiers sous le coude. Un directeur général méprisé en interne, dont les syndicats, comme le vice-président de l’Unedic réclament la tête. Le pire, dans cette situation cauchemardesque, c’est qu’il est impossible de revenir en arrière.

Défaire la fusion est impensable, changer la tête de l’Exécutif parfaitement inutile, modifier l’organisation de fond une fois encore ferait perdre six mois supplémentaires. Alors ? Le ministère, l’Unedic et le staff de Pole emploi écope pour que le navire reste à flots. Il embauche 1500 personnes en CDI, plus 500 autres en CDD. Et peut-être plus encore si la situation s’aggrave. Le tout va coûter cher, en salaires, en formation, et en recrutement. Et en temps perdu.

Un temps pendant lequel les nouveaux inscrits et tout ceux qui ont un problème à régler se retrouveront face à leur téléphone qui leur dira, de longues minutes durant : « Ne quittez pas, un agent Pole emploi va vous répondre ».

Un répondeur dont il conviendrait de changer le message. Suggérons un nouveau texte à la douce voix censée calmer la fureur de ceux qui patientent : « Ne quittez pas, un agent Pole emploi va vous répondre dès que la fusion sera réellement mise en place, que la crise sera passée, que le nombre de chômeurs aura baissé, que les nouveaux embauchés seront formés, que tout le monde sera riche, heureux et bronzé toute l’année. »

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – Juin 2009

Publié dans actualité

Commenter cet article