Pour alimenter le débat pour le 7 juin.

Publié le par Jacques


L'Europe doit changer de mécanicien.

Une très courte majorité de Français s'intéresse aux élections européennes du 7 juin. Elles comptent pourtant parmi les plus importantes de ces dernières années. Si l'Europe ne parvient pas à passionner en pleine crise économique, elle ne le fera jamais. Si l'Europe n'en profite pas pour devenir une force politique capable de juguler l'économie, elle sera submergée par les égoïsmes nationaux, au mieux protectionnistes, au pire xénophobes. Ce n'est pas un destin, c'est la mort assurée.

 

L'échec du taux de participation à ces élections serait bien plus grave que l'échec du référendum sur le traité européen. La critique, c'est déjà un dialogue. La mobilisation en faveur du non fut le signe qu'un nombre plus important de citoyens s'intéressaient enfin à l'Europe. Non plus seulement à la construction européenne mais à la direction que devait prendre le train européen.

Il fallait en passer par cette tempête pour que l'Europe se démocratise. Le débat, la houle et le chahut sont nécessaires pour donner de la chair aux entreprises collectives. Il en faudra bien plus encore pour que les peuples s'approprient l'utopie européenne.

Encore faut-il se battre pour de vrais enjeux. En descendant dans l'arène de la consultation populaire pour un traité aussi indigeste, l'Europe a pris le risque du rendez-vous manqué. Difficilement déchiffrable par les non-initiés, la feuille de route proposée donnait le sentiment de mener vers un trafic dérégulé, où le conducteur vous demande de signer une assurance-voyage sans vous révéler la station d'arrivée. Seule une poignée de voyageurs voulaient réellement descendre du train. La plupart souhaitaient profiter de l'ultime possibilité de tirer sur le signal d'alarme pour exiger une pause, le temps de clarifier le trajet. Au risque de priver momentanément le train de conducteur. Les partisans du oui ont fait le pari inverse. Seule une poignée d'entre eux adhérait à l'idée d'une Europe consacrant la libre concurrence. La plupart souhaitaient, au contraire, se doter d'un conducteur européen pour pouvoir négocier avec lui de la direction et de l'organisation du trafic.

Aucun des deux n'avait tort ou raison. Le référendum ne posait pas en soi une question de direction mais de mécanique. Depuis, grâce au traité de Lisbonne, le train a été bricolé pour passer en force le barrage populaire. Qu'on soit pour ou contre la composition de ce nouveau moteur, ce n'est pas une raison pour se désintéresser de l'aiguillage qui vient, le 7 juin prochain.

On a souvent cherché le plan B des partisans du non. Le plan B, c'est maintenant. Ceux qui ont voté non pour s'abstenir à cette élection auront simplement contribué à casser le train, à faire qu'il continue sur ses rails, dans la même direction, mais avec moins d'énergie et un moteur mal bricolé. Ceux qui ont voté oui doivent saisir cette occasion de le rediriger. Car les deux ont maintenant l'occasion de choisir les hommes chargés d'aiguiller l'Europe vers plus ou moins de régulation et de coordination.

L'Europe saura-t-elle devenir cet espace politique permettant aux nations (les vrais conducteurs) de résister ensemble - et non en ordre dispersé - face à la crise ? La réponse ne sera pas la même si l'Assemblée européenne continue d'être majoritairement à droite ou si elle passe à gauche.

L'enjeu serait plus clair si la gauche européenne avait su s'entendre pour présenter une alternative incarnée à la politique de José Manuel Barroso. A défaut, la droite française a le champ libre pour nationaliser l'enjeu. Elle se remémore les bons moments de la présidence française de l'Union. Comme s'il fallait voter pour que Nicolas Sarkozy ait le droit de faire une seconde présidence européenne !

L'enjeu n'est pas là. Il ne s'agit pas de choisir la prochaine nation qui présidera l'Europe. Mais de savoir si l'Europe va enfin congédier la majorité qui freine l'Europe politique depuis tant d'années.

Caroline Fourest in Le Monde 15 Mai

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zodo 25/05/2009 19:20

c'est pour la prémière fois qu'une élction européenne est terne.les acteurs politiques n'ont-ils pas expliqué l'enjeu de cette dernière ou , les français ne s'interessent pas . je voudrais votre point de vue . merci à bientot.

Pat59 19/05/2009 11:47

Je me posais la question de savoir pour qui voter.
Je pensais ne pas le faire mais à la réflexion, ne pas voter c'est subir, alors même si je ne suis d'accord avec AUCUN parti, même le mien, je vais probablement voter pour lui afin de ne pas laisser les coudées franches à l'UMP.
Ce serait plus un vote de blocage qu'une conviction politique.

Marco 19/05/2009 10:22

J'avais lu cet article et j'apprécie beaucoup cette journaliste qui est aussi professeur je crois.

Clash Foot 19/05/2009 02:53

L'Union Européenne, ciment des nations face à la crise? Caroline Fourest fait de l'humour? L'analyse de la Charlie Hebdo est à mettre au pilon. L'UE est une entité supranationale qui à une vision purement économico-libérale dans une zone de libre échange.
L'UE dénie la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Alors quand on demande à l'UE d'être la solution à la crise...