Encore un livre instructif (paru en février 2009)

Publié le par Jacques






La France des années 2000, comme de nombreux pays, a vu se confirmer un modèle de contrôle censé protéger la population contre la prolifération, en son sein, de « nouvelles menaces » : islamisme, terrorisme, immigration clandestine, incivilités, violences urbaines… Et pour justifier cet arsenal sécuritaire, un principe s’est imposé : désigner l’« ennemi intérieur ». Cette notion évoque la guerre froide, quand cet ennemi était le communisme. Et surtout les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, quand l’armée française a conçu la « doctrine de la guerre révolutionnaire », afin d’éradiquer au prix des pires méthodes la « gangrène subversive pourrissant le corps national ».
Si cette doctrine a été évacuée officiellement depuis lors par l’État, certains de ses éléments clés auraient-ils contribué à façonner cette grille de lecture sécuritaire qui présente les populations immigrées issues de la colonisation comme les vecteurs intérieurs d’une menace globale ? C’est ce que montre Mathieu Rigouste dans ce livre rigoureusement documenté, en s’appuyant notamment sur un corpus d’archives conservées à l’École militaire.
Retraçant l’évolution des représentations de l’ennemi intérieur dans la pensée d’État depuis les années 1960, il explique comment, des territoires colonisés d’hier aux quartiers populaires d’aujourd’hui, la Ve République a régénéré un modèle d’encadrement fondé sur la désignation d’un bouc émissaire socio-ethnique. À travers l’étude minutieuse des étapes de la lutte antimigratoire et de la structuration de l’antiterrorisme, il révèle l’effrayante évolution du contrôle intérieur, de ses dimensions médiatiques et économiques, ainsi que la fonction de l’idéologie identitaire dans la mise en œuvre du nouvel ordre sécuritaire.

Introduction. Aux racines du « nouvel ordre sécuritaire » - Les nouveaux chantiers de la « question postcoloniale » - Une histoire ancienne - La contre-subversion, un tabou français - Les engrenages de la mécanique sécuritaire - Les archives de l’IHEDN, corpus significatif de l’évolution des conceptions de la défense - Démonter la machine sécuritaire

- I / L'indigène-artisan, ou le laboratoire colonial de la contre-subversion (1954-1962)

 - 1. L’armée au chevet de l’Empire et la France « rempart de l’Occident » - L’influence des officiers « coloniaux » - La formation des réseaux français de la contre-subversion - Les écoles de la guerre nouvelle - La « volonté hégémonique » des 5e bureaux en Algérie - L’influence internationale de la doctrine française de la « guerre révolutionnaire » - La matrice idéologique d’un nouveau concept de contrôle social - La menace rouge et verte : sur la race et l’idéologie des subversifs - Se défendre contre les « derniers barbares » - Justifier la force : la raison d’État et les intérêts de la nation - Communauté et coopération : les sources de l’idéologie néocoloniale

- 2. La doctrine de la contre-subversion - La gangrène : diagnostiquer le « pourrissement » de la population - L’« indigène-partisan » comme figure de l’ennemi intérieur - La purge : éléments de thérapie contre-subversive - Le rôle inavoué de la banalisation de la torture - « Pacification » et « action psychologique » - La dimension internationale de la doctrine de la guerre révolutionnaire - Une utopie de la société militarisée - La propagande, arme indispensable de tout gouvernement d’une « société qui veut vivre »

- 3. Instituer la guerre moderne (1955-1962) - De la « guerre globale » à la « défense intérieure du territoire » - 1962 : l’institution de la « défense opérationnelle du territoire » - L’influence de la contre-subversion sur la Constitution de la Ve République - Une Défense nationale « adaptée au fait idéologique et au fait nucléaire » - Les « cas concrets » : jouer à la guerre contre l’ennemi intérieur - Les exercices « Antares » de 1960-1961 : vers la menace postcoloniale - Le 17 octobre 1961 : expérimenter la contre-subversion dans Paris - L’importation de la contre-subversion en métropole - La conférence de Maurice Papon à l’IHEDN en mai 1961-- Un crime contre l’humanité ?

- II / La « chienlit » et les sous-développés : la conception du modèle sécuritaire français (1959-1981)

- 4. La doctrine de la dissuasion nucléaire efface officiellement la contre-subversion (1959-1968) - Prohibition et refoulement de la contre-subversion - De la lutte anti-OAS à la réorganisation des forces spéciales et l’épuration de l’armée - Mise à l’écart des officiers français de la guerre révolutionnaire et internationalisation de la DGR - Conseillers militaires et « aide au tiers monde » - 1968, premières revalorisations de la contre-subversion pour l’intérieur - La population comme milieu de prolifération de la subversion - Le rapprochement idéologique des « contre-subversifs » et des atlantistes - L’invention de l’immigré postcolonial - La fabrication de la menace migratoire - De l’action psychologique à la promotion de l’« esprit de défense » - La révolution télévisuelle comme vecteur de l’« esprit de défense », « vaccin » de la population contre l’agression - Informer, éduquer, discipliner la population

- 5. La genèse du contrôle sécuritaire (1968-1981) - Pompidou, Marcellin, Chaban-Delmas, Messmer : expier 1968, fermer les frontières - La consolidation de l’appareil sécuritaire sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing - L’émergence du terrorisme international et lesnouvelles figures de l’ennemi intérieur - Les nouveaux discours de la peur - De la « menace démographique » du Sud à la question des « musulmans de l’intérieur » - De l’« esprit de défense » à la « culture de sécurité » et au Plan Vigipirate

- III / L'ennmi intérieur global, ou la mise en ordre de la domination médiatico-sécuritaire (1979-2008)

 - 6. La construction de la menace identitaire (1979-1989) - La subversion et la submersion : les cheminements de la question identitaire - L’ordre républicain et les « faux Français » - La Foudre et le cancer : persistances ou réhabilitation de la contre-subversion ? - Le premier septennat de François Mitterrand et la résurgence de méthodes contre-subversives - L’institution juridique de la « menace migratoire » - Faire collaborer l’armée avec l’école et les médias - Les prémisses idéologiques de la globalisation sécuritaire

- 7. L’ordre global et les nouvelles menaces (1989-1995) - L’essor de la « théorie des nouvelles menaces » - Les « zones grises » intérieures - Le développement du « maillage de défense et de sécurité » - Les nouveaux appareils idéologiques de sécurité et le maillage européen - Débusquer les « islamistes de l’intérieur » - Sulfureuses collaborations dans la lutte contre l’islamisme - Affaires algériennes et montages médiatico-policiers - Le génocide rwandais, dérive extrême des techniques de la DGR - Première tentative de transmutation partielle de la DGR dans la « culture de défense » française - Intégrer, expulser, pacifier : le nouveau triptyque du contrôle intérieur

- 8. L’antiterrorisme au cœur de la nouvelle « culture de sécurité » - Sécuriser le local et le global : l’avènement des coalitions médiatico-sécuritaires - De nouvelles structures pour promouvoir la « culture de sécurité » - L’appropriation des « nouvelles menaces » par la pensée d’État - Les « attentats islamistes » de 1995 et Vigipirate, prétextes au quadrillage militaro-policier du territoire - « Association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » : une incrimination propice aux montages médiatico-policiers - À partir de 1995, la discrète réhabilitation officielle de l’« action psychologique »

- 9. La guérilla urbaine, nouvel horizon de la sécurité intérieure - L’échelle Bui-Trong et le fantasme de la guérilla urbaine postcoloniale - La théorie « de la vitre brisée » et la police de proximité - Pour pacifier les quartiers populaires, importer les méthodes de la « guerre urbaine » ? - Maintien de l’ordre intérieur et « contrôle des foules » dans les opérations militaires extérieures - La tentation de la militarisation du maintien de l’ordre - Le « laboratoire » des émeutes urbaines de novembre 2005 - Nouvelles techniques de contrôle des quartiers populaires et exercices militaires anti-guérilla

- 10. La France dans le capitalisme sécuritaire mondialisé - Immigration et sécurité : l’emballement législatif - L’industrialisation des machines sécuritaires - La doctrine de la guerre économique : intelligence économique et contre-subversion - Le capitalisme sécuritaire, une économie politique du contrôle - La sécurité intérieure, nouvelle industrie de guerre

 - Conclusion. L’ordre par le chaos

- Notes - Index.

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Marco 13/05/2009 17:41

Peut-être est-ce hors sujet mais la société telle que Sarko la voit et veut la faire évoluer me fait peur.
J.Coupat est encore en prison, MAM et Besson rivalisent de mauvaise foi, Kouchner est le dernier des faux-culs...et la liste est longue! Sans parler des dépenses du ministère de Dati que je viens d'apprendre sur Le Monde!

Jacques 13/05/2009 22:39



Oui, Marco, vous avez raison, Juline Coupat est toujours incarcéré - on ne sait pas pourquoi ! - et pendant ce temps là on nous bassine avec cette Florence Cassez
pour ne pas nous parler de la LETTRE DE CACHET à l'encontre de ce Julien....
Vaut mieux, en effet, nous parler de la justice mexicaine que de la justice ...française.

Etr puis, indépendamment des dépenses de Mme Dati, il y a ses pétages de plomb à répétition.... Il est plus que temps que cette gentille Dame quitte le Gouvernement de la République !!!

jf.