D'excellents propos de Daniel Cohn-Bendit !!!

Publié le par Jacques

 

Je vous livre ci-dessous de larges extraits  d'une interview de Daniel Cohn-Bendit parue dans "Le Monde" du 19 Avril.


 

L'Europe a-t-elle été assez protectrice dans cette crise ?

Aucun responsable gouvernemental n'a osé avancer de propositions pour transformer les statuts de la Banque centrale européenne ou réformer les institutions. La crise a conduit à la renationalisation des comportements au détriment de l'intérêt général européen. On l'observe chez les commissaires comme chez les parlementaires. Prenez le premier paquet climatique, un très bon projet. A peine présenté par José Manuel Barroso (président de la Commission), le commissaire à l'entreprise et à l'industrie, Günter Verheugen, déclare que cela nuit à l'industrie automobile allemande. Barroso aurait dû dire: "Verhugen, tu te tais ou tu te tailles! Tu n'es pas le représentant de l'industrie allemande!"


Même chose au niveau du Parlement : pour la défense de l'industrie allemande, vous avez les conservateurs allemands, poussés par le patronat de l'industrie automobile allemande, et les socialistes, poussés par les syndicats de l'industrie automobile allemande. Ce n'est pas ça, l'intérêt général européen. Cette renationalisation des comportements est quelque chose de très dangereux.


A quoi la présidence française a-t-elle servi ?

Nicolas Sarkozy a eu de bonnes intuitions mais il n'a pas compris que, pour faire bouger les lignes, il fallait mettre les autres en confiance. L'Europe n'a que cinquante ans, elle est fragile, elle a besoin de confiance. Nicolas Sarkozy n'a pas su la lui donner parce qu'il éprouve toujours le besoin de se mettre en avant. En face de lui,Angela Merkel avait peur de son ombre à cause des élections à venir. A eux deux, ils ont été incapables de faire avancer l'Europe.

 

Pourtant, vous semblez parfois séduit par Nicolas Sarkozy ?

...... Moi, je ne suis pas d'accord, parce que ce qui est insupportable chez lui, c'est la dépendance qu'il crée : si vous n'êtes pas avec lui, vous êtes contre lui. Dès que vous êtes dans sa roue, vous devez renoncer à vos convictions.

A la Commission européenne,Michel Barnier défendait l'adhésion de la Turquie à l'Europe. Aujourd'hui, il est contre. Mon azmi Bernard Kouchner a écrit un livre avec moi pour défendre cette adhésion. Aujourd'hui, il argue du comportement d'Ergogan (le premier ministre turc) au sommet de l'Otan pour changer d'avis. C'est minable comme argument, car qu'a fait Erdogan pendant quarante-huit heures? Du Sarko, pour obtenir un maximum d'engagement des Etats-Unis.

Défendre la conversion écologique de l'économie, est-ce audible en période de crise ?

Une enquête de la Sofres montre que 92 % des Français veulent plus de réponses écologiques. Mais devant la violence de la crise, une partie de la population réclame des réponses immédiates de protection. Donc ce n'est pas toujours facile. Prenez le conflit des marins pêcheurs, il est très symptomatique. Face aux images de familles dans la dèche, il est beaucoup plus facile de s'en prendre aux quotas, comme l'ont fait le PCF et l'extrême droite, que de les défendre alors qu'ils représentent la garantie d'un avenir pour la pêche : sans poisson, plus de pêcheur. Le pari de cette élection est de voir si 10 % à 15 % des électeurs sont capables d'adhérer à cette idée de transformation.

Pour l'instant, on les sent surtout en colère.

De plus en plus de salariés se sentent à bout, on le voit avec les séquestrations de patrons. En même temps, la société est complexe. Les gens ne se sentent pas concernés par la crise de la même façon. Certains même y échappent. Je suis aussi intrigué par cette histoire de bonus, de stock-options. En France comme en Allemagne, ça rend les gens fous. Mais, les salaires de la société du spectacle, des animateurs de télé ou des footballeurs ne rendent pas fous, alors que c'est la même folie. Un jeune du PSG gagne, à 22 ans, 90 000 euros par mois. Ça, bizarrement, on le supporte.

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